Interview de Bruno Borrione – Designer 

Bruno Borrione - Designer

Bruno Borrione - Designer © J.L. Dubin

Ce n’est pas la première fois que vous vous occupez d’un hôtel ! Sur quels hôtels avez-vous collaboré auparavant ?

J’ai aménagé il y maintenant 15 ans l’hôtel Relais et Châteaux « le Jardin des Sens » pour les frères Pourcel à Montpellier ; il y 2 ans, « Le Placide » à Paris, déjà pour Mr Bansard. Je viens de terminer la rénovation de l’hôtel d’Anne-Sophie Pic à Valence et je règle actuellement les derniers détails du « Palacio Avenida », hôtel 4 étoiles à Palma de Majorque.
J’ai également participé à l’élaboration de quasiment tous les hôtels de l’agence Starck ces 20 dernières années.

Effectivement, vous avez travaillé plus de 20 ans avec Philippe Starck, qu’est-ce qui aujourd’hui fait la touche Borrione par rapport à l’univers de Starck ?

Je n’en ai aucune idée. Ayant été formé à ses cotés j’imagine qu’il doit y avoir un lien de parenté.
Malgré tout, je dirais que j’aime travailler sur des standards ultra classiques de l’hôtellerie et leur tordre le cou ! J’aime confronter les clients à des sensations qui peuvent leur paraître classiques voire banales mais qu’après une lecture plus fouillée ils y découvrent un aspect plus intellectualisé voir subversif.
Pour faire une comparaison littéraire, mon univers reprend le style de Peter Handke : l’économie voire la pauvreté de moyen crée malgré tout du sens. C’est la façon d’organiser les choses et non leur sophistication qui produit de l’émotion.
J’ai également un gout prononcé pour la couleur et le rapport sensible des matières entre elles.

Qu’est ce qui vous a séduit dans le challenge de la décoration de ce nouvel hôtel parisien ?

Tout d’abord, donner satisfaction à mon client pour lequel j’avais déjà réalisé le Placide ! Puis me confronter à un bâtiment complexe contenant des bureaux qu’il fallait transformer en hôtel et enfin vérifier en 3 dimensions quelques équations que j’avais élaborées.

Quels sont les thèmes clés qui vous ont inspiré ?

J’avais en tête des images de projets d’Oscar Niemeyer et en particulier les grands équipements de Brasilia. Dans tous ces bâtiments les aménagements intérieurs reflètent cette vision optimiste d’une modernité humaine qui, tout en étant à la pointe de l’invention, n’a pas perdu ces racines.
J’ai essayé de retrouver cette ambiance en particulier dans les espaces publics.

Ces inspirations sont-elles liées au choix précis des matériaux utilisés ?

Non c’est plutôt l’inverse, le concept dicte les matériaux.

Comment abordez-vous chaque nouvel espace ?

Tout dépend de l’état d’esprit dans lequel je me trouve au début du projet, j’ai parfois des intuitions ou des idées avant de commencer mais la plupart du temps j’essaye d’être le plus vierge possible de toutes influences. C’est une fois les lieux visités et après avoir longuement parlé avec les commanditaires que je commence à envisager une thématique, la ligne directrice qui me guidera pendant tout le projet.

Avez-vous rencontré de véritables défis sur ce lieu ?

Pas plus que n’importe quel autre hôtel. L’unique défi dans un projet d’hôtel, comme dans tout autre projet, est d’éviter que le planning ne s’éternise et fasse perdre l’influx initial.

Qu’est ce que le design d’un hôtel pour vous ?

Si l’on considère que les exigences techniques et le confort sont des obligations, alors le design est ce qu’il reste une fois ces conditions primaires remplies : le design est toute la partie créative. Alors, l’architecte n’a plus qu’a laisser libre cours à son imagination afin d’offrir des espaces de rêve et de dépaysement
L’aménagement d’un hôtel est un formidable laboratoire dans lequel vous pouvez mettre en place des concepts innovants que les gens ne sont pas forcement prêts à accepter dans leur vie quotidienne.
D’ailleurs on voit de plus en plus d’idées nées dans l’hôtellerie migrer vers l’habitat.

Aujourd’hui comment travaillez vous ? Modifiez-vous encore votre projet durant le chantier ?

Je fais peu de projets et j’essaye, dans la mesure du possible d’anticiper les problèmes, mais dans une rénovation il est quasiment impossible de ne pas adapter le projet en cours de route, essentiellement à cause des « surprises » du chantier.

Comment abordez-vous la conception du mobilier ?

Je me positionne tout d’abord comme architecte d’intérieur donc pour moi le mobilier n’est qu’un des éléments du projet et jamais une conception à part, j’ai d’ailleurs beaucoup de mal à dessiner des meubles qui ne sont pas destinés à des intérieurs précis. Je me réfère souvent au concept d’« ensemblier décorateur » tel qu’il pouvait se pratiquer jusqu’à l’aube des années 1970.

Quels sont les designers où les produits que vous aimez en ce moment ?

Philippe Starck, cela va de soi… mais je reconnais que je ne suis sans doute pas assez curieux du travail de mes contemporains.
J’ai toujours eu une admiration pour les gens qui se singularisent par un style à l’opposé de leur époque ou un éclectisme forcené. Etrangement c’est aux Etats-Unis que l’on trouve le plus d’exemples de ce genre : Dorothy Draper, Tony Duquette, ou bien le maitre incontesté de l’éclectisme, Morris Lapidus.
En Europe j’ai une passion immodérée pour Carlo Mollino (tant l’œuvre que le personnage qui reste un modèle pour moi). Parmi les décorateurs actuels, j’observe avec intérêt le travail de David Collins.
Je pense également que les architectes devraient plus souvent regarder vers la mise en scène de théâtre. Ce n’est pas une coïncidence si Richard Peduzzi a mené une carrière de scénographe et d’architecte d’intérieur.
Si l’on prêtait davantage attention au travail de l’allemand Kastorf, du suisse Marthaler ou de l’anglais Mc Burney on serait surpris de la pertinence de leurs œuvres et l’on verrait que c’est un des endroits où la modernité s’exprime.

Cela vous a-t-il inspiré pour la décoration du Crowne Plaza ?

En un sens oui, vous ne le voyez pas mais le fantôme de Carlo Mollino est toujours perché sur mon épaule!

Qu’est-ce qui vous amuse le plus dans ce style de projet ?

Amuser n’est pas vraiment le terme adéquat. Je parlerais plus d’un défi intellectuel. J’ai déjà un certain nombre d’hôtels à mon actif et remettre l’ouvrage sur le métier à chaque nouveau projet est la seule satisfaction que je ressens.
Se réinventer soi même, trouver une réponse originale à chaque nouvelle demande voila le plaisir intellectuel.

Si cet Hôtel était pour vous une histoire, un conte, un film, une œuvre ?

Difficile de répondre à ce portrait chinois !
Le problème est que j’ai toujours des références en tête qui sont de vieilles obsessions depuis des années, mais je dirais brièvement, Stalker de Tarkovski, Les boulevards de ceinture de Patrick Modiano mais également La société du spectacle de Guy Debord et encore Portrait prémonitoire de Guillaume Apollinaire de Giorgio de Chirico ; ou bien n’importe quelle chanson des Comedian Harmonists ou de Ludwig Rüth. Tout cela compose un paysage mental dans lequel je voyage lorsque je cherche l’inspiration.

Plus d’informations sur Bruno Borrione sur www.borrione.com

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Un commentaire sur “Interview de Bruno Borrione – Designer”

  1. Colin Dokovic dit :

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